Evaluation des services écosystémiques rendus par la vallée du Léguer

quels bénéfices économiques d’une rivière de haute valeur patrimoniale ?


Léguer : la rivière sauvage est une richesse économique

En lien avec le label « Site Rivières Sauvages » obtenu en 2017, le bassin versant du Léguer, a participé pendant 2 ans à une étude de portée nationale visant à chiffrer les bénéfices économiques pour le territoire et ses habitants, de rivières présentant un écosystème préservé. Les premiers résultats sont désormais connus pour le Léguer. L’association TV Trégor a choisi de suivre ce projet pendant plusieurs mois et propose aujourd’hui un reportage sur ce sujet sur leur webTV.

Une étude de portée nationale menée sur le Léguer
Depuis 2019, le Léguer participe, avec deux autres rivières françaises, à une étude nationale visant à révéler la valeur économique de ces rivières préservées, dites « de haute valeur patrimoniale ».
En d’autres termes, cette étude permet de révéler (par des chiffres, des montants monétaires) la plus-value économique, le bénéfice de ces rivières « préservées » pour le territoire. Et de montrer ainsi que la préservation de l’environnement et l’activité économique sont liées.
Cette étude financée par l’Office Français de la Biodiversité (OFB) est menée en partenariat avec l’Association du Réseau des Rivières Sauvages (ARRS), European Rivers Network (ERN), les gestionnaires des rivières du Léguer (22), du Nant-Bénin (73), de l’Esteron (06) et avec l’appui scientifique du Cerema et CentraleSupelec.
Ces services écosystémiques, c’est à dire les avantages que les sociétés humaines retirent du fonctionnement des écosystèmes (Mace et al.,2012), peuvent être multiples et tous ne peuvent pas être étudiés… Concernant plus spécifiquement le Léguer, c’est à l’occasion de la réunion de lancement de cette étude localement, en mai 2019, que les acteurs de la vallée du Léguer avaient retenu les services rendus à évaluer :
-  l’alimentation en eau potable,
-  les activités récréatives,
-  le bois-énergie et la séquestration du carbone par le bocage et la forêt,
-  ainsi que l’attachement des habitants à la vallée.

Plus de 20 millions d’euros de bénéfices « fournis » par le Léguer chaque année
Concernant le service d’alimentation en eau potable, seul un « coût évité », c’est-à-dire les dépenses de traitement de la pollution rendues non nécessaires grâce à l’amélioration de la qualité de l’eau du Léguer, a été évalué : environ 800 000 euros / an.
Pour les activités récréatives, les experts se sont appuyés sur des références issues d’autres études en les croisant avec les données locales. Les retombées économiques de ces activités sont évaluées à plus de 2,5 millions d’euros par an (environ 700 000 euros pour la pêche de loisir, 1,1 millions d’euros pour la chasse à la bécasse et 750 000 euros pour la randonnée pédestre).
En lien avec la couverture boisée et le bocage présent sur la vallée du Léguer, le Cerema a estimé un service de captation du carbone (flux annuel) à l’échelle du bassin versant du Léguer de 4,8 millions d’euros par an. Concernant le service d’approvisionnement en bois énergie, il est évalué à 980 000 euros par an (600 000 pour la forêt et 380 000 pour le bocage).
Pour l’attachement des habitants à la vallée, c’est la méthode dite d’élicitation ou déclaration des préférences, qui a été utilisée, avec l’appui de Pascal Da Costa, enseignant-chercheur à l’école CentraleSupélec. Suite à une enquête en ligne à laquelle ont répondu plus de 230 habitants, il en est ressorti que le Léguer et sa vallée constituent une source de bien-être importante ; deux items sur les trois testés sont apparus comme « significatifs » statistiquement et ont révélé des consentements à payer (c’est-à-dire le prix maximum qu’une personne consent à payer pour ce « service ») particulièrement élevés : plus de 6 millions d’euros / an pour la préservation et la reconstitution du bocage et plus de 10 millions d’euros / an pour la préservation de la naturalité et le caractère « sauvage » du Léguer. Ce qui traduit implicitement une grande valeur de cette naturalité pour les habitants. Pour Pascal Da Costa, ce chiffrage reste « fidèle à la sensibilité forte d’un territoire engagé pour la préservation de sa rivière ».

Ainsi, sans s’arrêter sur une somme très précise, on retiendra que l’évaluation des services écosystémiques menée sur le Léguer, a permis de révéler une forte valeur économique du Léguer et de son écosystème qui se situe au-delà de 20 millions d’euros par an. Ce montant élevé traduit aujourd’hui les retombées économiques des efforts réalisés par tous les acteurs du territoire depuis des années pour retrouver une rivière vivante. Une richesse à préserver pour en garder les bénéfices dans la durée…